Archive de août, 2009
BONO Vs HOROWITZ
Avec ce billet j’inaugure une nouvelle rubrique : « Le Choc des concepts ». Ne vous est-il jamais arrivé de tomber sur des livres qui se présentaient en opposition à d’autres ouvrages ? Vu la quantité de livre que j’absorbe, ce type de confrontation se multiplient sous mes yeux. Alors que dois-je faire ? Rester là à admirer les joutes verbales ? Dois-je jouer l’arbitre en tant que « lecteur expert » ? Dois-je prendre de la hauteur et me limiter à percevoir le bon grain de l’ivraie dans les argumentations parfois douteuses…? Et bien je vais faire un petit peu tout ça à la fois…! Pour normaliser un peu les choses, ces présentations prendront la forme de combat, à l’image de la guerre des indicateurs que j’avais déjà organiser sur mon autre blog qui traite du LSS (ici, ici, ou là)
Voici donc ce que peut donner un combat de concepts…
Aujourd’hui dans le champ de bataille : BONO avec son livre les 6 chapeaux de la réflexion et HOROWITZ avec son livre ASIT.
BONO, connu dans le monde entier avec les 6 chapeaux de la réflexion fait office de favoris alors que HOROWITZ serait plutôt le challenger. D’ailleurs c’est lui qui ouvre les hostilités en fustigeant l’idée qu’il faut sortir du cadre, faire tomber toute les barrières, revenir à l’état d’enfance, se désinhiber totalement pour être créatif. C’est effectivement l’idée de BONO et de la plupart des grands gourous de la créativité. Si on veut être créatif il faut trouver le moyen de se défaire des cadres dans lesquels nous sommes enfermés. BONO appel ça la pensée latérale. Contre cette idée de faire sauter tous les cadres qui nous fige dans un mode de pensée, HOROWITZ propose de trouver des idées créative à partir d’une démarche normalisé, bref à partir d’un cadre bien définis. Donc c’est autour de cette notion de cadre que les deux auteurs « s’opposent ».
Avant d’aller plus loin dans le débat d’idées, présentons les deux méthodes…
Chapeau Bono !
Les 6 chapeaux de la réflexion, à mon sens, est plus une méthode de conduite de réunion que de créativité pure. BONO a également écrit des livres sur les techniques de créativité mais malheureusement je n’ai lu que celui-ci pour l’instant. Je vais donc me cantonner à vous présenter ce que je connais ! ;-P L’idée de cet ouvrage : c’est de sortir les gens de leur rôle habituel. Dans une réunions destinée à trouver des solutions à un problème : il y a toujours des gens qui parlent trop, qui coupent la parole aux autres? Il y en a d’autre qu’on entends jamais s’exprimer. D’autres encore, sont d’un pessimisme à tuer la moindre âme de créativité qui pourrait s’élever. D’autres vont pinailler sur des détails… Bref en général : c’est la foire d’empoignes où la loi de la jungle prend le dessus sur l’intérêt général. Avec les 6 chapeaux on oblige les participants à s’exprimer non pas selon leur point de vu mais selon UN point de vu. Le point de vu est donné par la couleur du chapeau. Le chapeau blanc pour les faits, les données brutes, le chapeau rouge pour exprimer son ressentis, le vert pour les nouvelles idées, le jaune pour les points positifs, le noir pour les risques et les contraintes à identifier et enfin le bleu pour la conduite de la réunion. Avec cette méthode chacun est obligé de réfléchir à la question sous un angle bien précis plutôt qu’au prisme de ses aprioris et de sa seule expérience.
Pour le chapeau vert, BONO propose quelques techniques pour opérer ce qu’il appel la pensée latérale. Par exemple il préconise de recherche d’analogies sur la base d’un mot choisi au hasard dans le dictionnaire. Cette technique me paraît un peu fantaisiste et nécessite quand même un peu d’imagination pour faire un lien entre le mot trouvé et la problématique rencontrée. Mais si je suis un peu perplexe sur cette technique, une autre qui consiste à inverser les situations s’avère très efficace. Par exemple : « le client paie le magasin » devient « le magasin paie le client ». Ce type d’inversion a donné naissance aux remises imprimées au dos des tickets de caisse. Un autre exemple : « le magasin passe sa commande à l’industriel » devient « L’industriel passe la commande du magasin ». C’est ce qu’on appel le CPFR (Collaborative, Planning, Forecasting and Replennishment), cela consiste à mettre en place des flux EDI pour que les magasins n’aient plus à se soucier de passer les commandes : c’est le système du fournisseur qui s’occupe de tout. Ce type de solution à d’innombrables avantages par rapport au système historique où les magasins passent leurs commandes.
ASIT et le mon clos
Présentons maintenant la méthode ASIT (Advanced Systematic Inventive Thinking). Cette technique repose sur deux postulats :
- La règle du Monde Clos énoncé ainsi : « le monde d’une solution inventive ne comporte pas d’objet d’un type qui n’est pas présent dans le monde du problème ». En clair, le monde de la solution s’apparente au monde du problème, il n’est pas nécessaire d’ajouter de nouveaux éléments pour solutionner le problème existant.
- La condition du changement qualitatif présenté ainsi : « Au moins un facteur aggravant du Monde du Problème est changé en Facteur Bénéfique ou en Facteur Neutre ». Ce qui signifie que ca n’est pas les éléments qui doivent changer mais la nature de leur interactions.
Pour passer du « Monde du Problème » au « Monde de la Solution », ASIT préconise de suivre 4 étapes :
- Définir le « Monde du Problème ». Cela consiste à énumérer la liste des éléments qui composent la problématique à traiter.
- Déterminer l’action souhaitée.
- Travailler sur les éléments constitutifs du problème à l’aide des différentes fonctions d’ASIT :
o La Fixation fonctionnelle (changement de fonction des composants)
o L’Unification (affectation des fonctions attendues aux composants)
o La Multiplication (introduction d’un élément proche des composants existants)
o La Division (Faire sauter la structure des objets qui nous parait indivisible)
o La Rupture de symétrie (Arrêter de visualiser le solution de manière symétrique)
o La Suppression (Ecarter un des composants du problème) - Affiner l’idée obtenue.
Des héritiers, des chevaux et des poissons…
Je n’aurai pas le temps ici tout présenter mais je peux vous situer deux exemples du livre. Pour présenter la division, l’auteur raconte cette petit histoire. C’est un empereur qui a deux fils. Il décide de ne pas céder l’héritage en deux part égales. Il souhaite offrir une plus grosse part à celui qui gagnera une course à cheval. A cela l’empereur ajoute une petite subtilité : c’est le cheval qui arrivera le dernier qui permettra à son propriétaire de gagner la course. Bien embêtant cette course où l’on doit aller le plus doucement possible pour l’emporter… Comment peuvent-ils faire en dehors de rester sur place…? Je vous le dirai plus tard ! ;-P
Le deuxième exemple illustre la fonction de multiplication d’ASIT. Un certain type de poisson très prisé est péché dans l’océan puis mis dans des bassins le temps de revenir au port et de proposer la marchandise aux plus grands restaurants du coin. Le problème c’est que ces poissons ont besoins d’activité et dans les bassins ils ont tendance à devenir fainéants, ce qui altère leur goût…La solution ici serait d’ajouter un élément, mais par n’importe lequel… un élément semblable aux éléments déjà présents dans le système… Un autre poisson. Ainsi en ajoutant dans les bassins des poissons prédateurs, les poissons seraient obligés de faire un peu d’exercice pour échapper aux autres. Bien sûr il y aurait quelques poissons de perdu, mais la qualité du poisson sera telle que les gains générés seront bien supérieurs aux pertes enregistrées. Voilà le principe de la multiplication, on ajoute pas un nouvel élément au système mais on ajoute un élément proche de ceux déjà existants.
Revenons à notre course de chevaux… Intuitivement nous pensons l’héritier et le cheval comme un tout, ce qui nous éloigne de la solution. Mais si nous divisons cet élément du système, nous obtenons deux héritiers et deux chevaux. Imaginons maintenant que chaque héritier prennent le cheval de son frère pour faire la course. Ainsi le problème initial a disparu et il suffit maintenant à chaque participant de gagner avec le cheval de son frère pour que son propre cheval arrive après et le fasse donc gagner.
Voilà dans les grandes lignes la méthode ASIT. Considérer que la solution n’implique que les éléments qui sont faces à nous et les triturer dans tous les sens pour que la solution apparaisse d’elle-même.
Oppositions ou complémentarités ?
Maintenant que nous avons balayer les deux méthodes, qu’est-ce qui les distingue vraiment et en quoi s’opposent-t-elles. D’un côté nous avons BONO qui nous dit de sortir de notre cadre de référence et de trouver de nouvelle idées en pratiquant la pensée latérale. Et de l’autre côté, nous avons HOROWITZ qui nous propose une cadre particulier de réflexion pour faire émerger de nouvelles solutions. Bref les deux proposent la même chose mais ASIT est plus efficace car il nous oriente et ne s’en remet pas à votre potentiel de créativité…
Donc personnellement pour la phase de créativité, je choisirais ASIT (tout en restant conscient de ne pas connaitre le dixième de l’oeuvre de BONO et de me limiter à ce que j’ai lu dans le chapitre consacré au chapeau vert).
Mais les six chapeaux de la réflexion n’ont pas dit leur dernier mot. Car si pour trouver l’idée ASIT est au petit oignons, il est nécessaire ensuite d’affiner cette solution (cerner les risques, les avantages, les impressions que cela suscite…etc.) et de la partager avec les autres ! Et pour ça, les six chapeaux sont redoutables !
Pour conclure, ces deux livres ne font pas partie de la sélection du PMBA et c’est bien dommage car ils y ont toute leur place contrairement à d’autres…!!!
Niveau des deux livres : (même s’ils n’y apparaissent pas !)