BONO Vs HOROWITZ
Avec ce billet j’inaugure une nouvelle rubrique : « Le Choc des concepts ». Ne vous est-il jamais arrivé de tomber sur des livres qui se présentaient en opposition à d’autres ouvrages ? Vu la quantité de livre que j’absorbe, ce type de confrontation se multiplient sous mes yeux. Alors que dois-je faire ? Rester là à admirer les joutes verbales ? Dois-je jouer l’arbitre en tant que « lecteur expert » ? Dois-je prendre de la hauteur et me limiter à percevoir le bon grain de l’ivraie dans les argumentations parfois douteuses…? Et bien je vais faire un petit peu tout ça à la fois…! Pour normaliser un peu les choses, ces présentations prendront la forme de combat, à l’image de la guerre des indicateurs que j’avais déjà organiser sur mon autre blog qui traite du LSS (ici, ici, ou là)
Voici donc ce que peut donner un combat de concepts…
Aujourd’hui dans le champ de bataille : BONO avec son livre les 6 chapeaux de la réflexion et HOROWITZ avec son livre ASIT.
BONO, connu dans le monde entier avec les 6 chapeaux de la réflexion fait office de favoris alors que HOROWITZ serait plutôt le challenger. D’ailleurs c’est lui qui ouvre les hostilités en fustigeant l’idée qu’il faut sortir du cadre, faire tomber toute les barrières, revenir à l’état d’enfance, se désinhiber totalement pour être créatif. C’est effectivement l’idée de BONO et de la plupart des grands gourous de la créativité. Si on veut être créatif il faut trouver le moyen de se défaire des cadres dans lesquels nous sommes enfermés. BONO appel ça la pensée latérale. Contre cette idée de faire sauter tous les cadres qui nous fige dans un mode de pensée, HOROWITZ propose de trouver des idées créative à partir d’une démarche normalisé, bref à partir d’un cadre bien définis. Donc c’est autour de cette notion de cadre que les deux auteurs « s’opposent ».
Avant d’aller plus loin dans le débat d’idées, présentons les deux méthodes…
Chapeau Bono !
Les 6 chapeaux de la réflexion, à mon sens, est plus une méthode de conduite de réunion que de créativité pure. BONO a également écrit des livres sur les techniques de créativité mais malheureusement je n’ai lu que celui-ci pour l’instant. Je vais donc me cantonner à vous présenter ce que je connais ! ;-P L’idée de cet ouvrage : c’est de sortir les gens de leur rôle habituel. Dans une réunions destinée à trouver des solutions à un problème : il y a toujours des gens qui parlent trop, qui coupent la parole aux autres? Il y en a d’autre qu’on entends jamais s’exprimer. D’autres encore, sont d’un pessimisme à tuer la moindre âme de créativité qui pourrait s’élever. D’autres vont pinailler sur des détails… Bref en général : c’est la foire d’empoignes où la loi de la jungle prend le dessus sur l’intérêt général. Avec les 6 chapeaux on oblige les participants à s’exprimer non pas selon leur point de vu mais selon UN point de vu. Le point de vu est donné par la couleur du chapeau. Le chapeau blanc pour les faits, les données brutes, le chapeau rouge pour exprimer son ressentis, le vert pour les nouvelles idées, le jaune pour les points positifs, le noir pour les risques et les contraintes à identifier et enfin le bleu pour la conduite de la réunion. Avec cette méthode chacun est obligé de réfléchir à la question sous un angle bien précis plutôt qu’au prisme de ses aprioris et de sa seule expérience.
Pour le chapeau vert, BONO propose quelques techniques pour opérer ce qu’il appel la pensée latérale. Par exemple il préconise de recherche d’analogies sur la base d’un mot choisi au hasard dans le dictionnaire. Cette technique me paraît un peu fantaisiste et nécessite quand même un peu d’imagination pour faire un lien entre le mot trouvé et la problématique rencontrée. Mais si je suis un peu perplexe sur cette technique, une autre qui consiste à inverser les situations s’avère très efficace. Par exemple : « le client paie le magasin » devient « le magasin paie le client ». Ce type d’inversion a donné naissance aux remises imprimées au dos des tickets de caisse. Un autre exemple : « le magasin passe sa commande à l’industriel » devient « L’industriel passe la commande du magasin ». C’est ce qu’on appel le CPFR (Collaborative, Planning, Forecasting and Replennishment), cela consiste à mettre en place des flux EDI pour que les magasins n’aient plus à se soucier de passer les commandes : c’est le système du fournisseur qui s’occupe de tout. Ce type de solution à d’innombrables avantages par rapport au système historique où les magasins passent leurs commandes.
ASIT et le mon clos
Présentons maintenant la méthode ASIT (Advanced Systematic Inventive Thinking). Cette technique repose sur deux postulats :
- La règle du Monde Clos énoncé ainsi : « le monde d’une solution inventive ne comporte pas d’objet d’un type qui n’est pas présent dans le monde du problème ». En clair, le monde de la solution s’apparente au monde du problème, il n’est pas nécessaire d’ajouter de nouveaux éléments pour solutionner le problème existant.
- La condition du changement qualitatif présenté ainsi : « Au moins un facteur aggravant du Monde du Problème est changé en Facteur Bénéfique ou en Facteur Neutre ». Ce qui signifie que ca n’est pas les éléments qui doivent changer mais la nature de leur interactions.
Pour passer du « Monde du Problème » au « Monde de la Solution », ASIT préconise de suivre 4 étapes :
- Définir le « Monde du Problème ». Cela consiste à énumérer la liste des éléments qui composent la problématique à traiter.
- Déterminer l’action souhaitée.
- Travailler sur les éléments constitutifs du problème à l’aide des différentes fonctions d’ASIT :
o La Fixation fonctionnelle (changement de fonction des composants)
o L’Unification (affectation des fonctions attendues aux composants)
o La Multiplication (introduction d’un élément proche des composants existants)
o La Division (Faire sauter la structure des objets qui nous parait indivisible)
o La Rupture de symétrie (Arrêter de visualiser le solution de manière symétrique)
o La Suppression (Ecarter un des composants du problème) - Affiner l’idée obtenue.
Des héritiers, des chevaux et des poissons…
Je n’aurai pas le temps ici tout présenter mais je peux vous situer deux exemples du livre. Pour présenter la division, l’auteur raconte cette petit histoire. C’est un empereur qui a deux fils. Il décide de ne pas céder l’héritage en deux part égales. Il souhaite offrir une plus grosse part à celui qui gagnera une course à cheval. A cela l’empereur ajoute une petite subtilité : c’est le cheval qui arrivera le dernier qui permettra à son propriétaire de gagner la course. Bien embêtant cette course où l’on doit aller le plus doucement possible pour l’emporter… Comment peuvent-ils faire en dehors de rester sur place…? Je vous le dirai plus tard ! ;-P
Le deuxième exemple illustre la fonction de multiplication d’ASIT. Un certain type de poisson très prisé est péché dans l’océan puis mis dans des bassins le temps de revenir au port et de proposer la marchandise aux plus grands restaurants du coin. Le problème c’est que ces poissons ont besoins d’activité et dans les bassins ils ont tendance à devenir fainéants, ce qui altère leur goût…La solution ici serait d’ajouter un élément, mais par n’importe lequel… un élément semblable aux éléments déjà présents dans le système… Un autre poisson. Ainsi en ajoutant dans les bassins des poissons prédateurs, les poissons seraient obligés de faire un peu d’exercice pour échapper aux autres. Bien sûr il y aurait quelques poissons de perdu, mais la qualité du poisson sera telle que les gains générés seront bien supérieurs aux pertes enregistrées. Voilà le principe de la multiplication, on ajoute pas un nouvel élément au système mais on ajoute un élément proche de ceux déjà existants.
Revenons à notre course de chevaux… Intuitivement nous pensons l’héritier et le cheval comme un tout, ce qui nous éloigne de la solution. Mais si nous divisons cet élément du système, nous obtenons deux héritiers et deux chevaux. Imaginons maintenant que chaque héritier prennent le cheval de son frère pour faire la course. Ainsi le problème initial a disparu et il suffit maintenant à chaque participant de gagner avec le cheval de son frère pour que son propre cheval arrive après et le fasse donc gagner.
Voilà dans les grandes lignes la méthode ASIT. Considérer que la solution n’implique que les éléments qui sont faces à nous et les triturer dans tous les sens pour que la solution apparaisse d’elle-même.
Oppositions ou complémentarités ?
Maintenant que nous avons balayer les deux méthodes, qu’est-ce qui les distingue vraiment et en quoi s’opposent-t-elles. D’un côté nous avons BONO qui nous dit de sortir de notre cadre de référence et de trouver de nouvelle idées en pratiquant la pensée latérale. Et de l’autre côté, nous avons HOROWITZ qui nous propose une cadre particulier de réflexion pour faire émerger de nouvelles solutions. Bref les deux proposent la même chose mais ASIT est plus efficace car il nous oriente et ne s’en remet pas à votre potentiel de créativité…
Donc personnellement pour la phase de créativité, je choisirais ASIT (tout en restant conscient de ne pas connaitre le dixième de l’oeuvre de BONO et de me limiter à ce que j’ai lu dans le chapitre consacré au chapeau vert).
Mais les six chapeaux de la réflexion n’ont pas dit leur dernier mot. Car si pour trouver l’idée ASIT est au petit oignons, il est nécessaire ensuite d’affiner cette solution (cerner les risques, les avantages, les impressions que cela suscite…etc.) et de la partager avec les autres ! Et pour ça, les six chapeaux sont redoutables !
Pour conclure, ces deux livres ne font pas partie de la sélection du PMBA et c’est bien dommage car ils y ont toute leur place contrairement à d’autres…!!!
Niveau des deux livres : (même s’ils n’y apparaissent pas !)
8 commentaires
Florent,
J’aime ton concept du ‘Choc des Concepts’. Je n’ai pas lu ‘ASIT’, seulement les ‘Six Chapeaux’. Je ne ferai pas de commentaires donc sur la comparaison.
Concernant les ‘Six Chapeaux’ j’ajoute quelques précisions. C’est un livre s’adressant principalement aux occidentaux. Au de là d’une méthode de « conduite d’une réunion », De Bono propose une alternative à la méthode de pensée occidentale qui consiste principalement à argumenter. En schématisant, De Bono définit les réunions occidentales comme un lieu où l’on vient avec une idée que l’on se doit de faire passer par ses arguments : la réunion n’est au final plus qu’une joute verbale.
La méthode des Six Chapeaux propose n’ont pas d’argumenter mais de focaliser toute l’énergie de tout à chacun sur les différents aspects d’un problème, d’une question, d’un sujet… Il prend l’exemple d’une maison où sur chaque côté se trouve une personne. Si chacune décrit la maison à son tour, nous obtiendrons 4 descriptions différentes, au risque que chacun maintienne sa position.
Par contre si ces 4 mêmes personnes tournent ensemble autour de la maison et pour chaque côté donnent leur description, nous avons de forte chance d’obtenir une description uniforme et cohérente de la maison. C’est la méthode des 6 chapeaux.
De Bono assure que cette méthode permet de faire gagner un temps significatif pour trouver un point d’accord au cours d’une réunion. A pratiquer pour confirmer.
Posté le 8 août 2009 à 0 h 21 min
Damien,
J’ai peur que tu ais raison… Il y a bien plus à apprendre du livre de BONO sur la remise en cause de notre acharnement à rechercher l’argumentation à tout prix plutôt qu’à réfléchir ensemble sur une conceptualisation commune de la chose étudiée… Et pourtant après cette prise de conscience furtive à la lecture du livre… cette idée m’a échappée…
Combien de fois je me suis retrouvé (et me surprend encore) à argumenter sans cesse, faisant de mon imagination le plus bel outil pour trouver des trésors d’ingéniosité qui me permettraient de mettre en défaut l’argumentation présentée en face. Pourtant dans ces moments, qu’importe notre niveau de maitrise des concepts, l’acharnement à l’argumentation invite l’autre à adopter la même posture. Bref il est inutile de taquiner le système qui nous oppose, l’homéostasie est belle et bien là et nous repousse quoi qu’il advienne… Ainsi je savais sans l’admettre que l’argumentation était vaine…
De Bono avec ce livre m’a délivré de cette pensé en m’aidant à comprendre que l’argumentation, telle que nous la pratiquons, est vaine.
Voilà, Merci de ta vigilance !
Au plaisir.
Posté le 8 août 2009 à 0 h 49 min
Il est peut-être normal que l’un dénigre la méthode de l’autre. c’est leur fond de commerce. Edward de Bono critique les brainstormings à la « Alex Osborn » et Horowitz critique Edward de Bono. Suite au commentaire de Florent.F les deux méthodes ne s’affrontent pas sur le terrain de l’argumentation mais plutôt sur ou trouver la solution appropriée en pesant le problème (ASIT-TRIZ) ou en pensant à l’extérieur du problème (Lateral Thinking). Pour ma part les deux sont justes: Premièrement dans l’ensemble de ces littératures; l’un des conseils les plus redondant est de décortiquer et de remettre en question le problème, sans avoir lu le livre d’Horowitz (ce que je vais faire bientôt), les deux auteurs ne peuvent être que d’accord sur ce point. Autre élément, ASIT-TRIZ conseille des association proche et d’autres des associations éloignées et je crois que les deux coexistent. Edisson cherche un gaz inerte pour ces ampoules lorsque tout les autres cherchent à faire le vide. Il a, à mon sens redéfini le problème. Par contre Gutenberg associe la presse à raisin et les bagues à cacheter des sceaux pour inventer un nouveau procédé d’imprimerie. Les deux sont valables!
Merci pour ton article et de ce débat, si tu le souhaite on peux reprendre ce débat sur mon blog: http://creative-network.blogspot.com/.
Posté le 9 août 2009 à 10 h 42 min
Bonsoir
les 6 Hats m’ont été enseigné en Innovation mais c’est très bon pour la conduite de réunion car le chapeau bleu qui facilite la réunion planifie aussi l’ordre des chapeaux et le le temps apparti. Il en découle de nombreuses idées avec leur PRO&CON et une vision d’équipe bien éclairée.
Posté le 11 août 2009 à 20 h 56 min
Bonsoir Florent,
Je connais les deux auteurs – Bono et Horovitz – avec la succession suivante dans le temps. Bono avec la pensée latérale en 1975 et les autres livres, plus tard, dont celui sur les 6 chapeaux que j’ai utilisé beaucoup aussi. Triz était venu en 2000. J’ai noté aussi ASIT à cette époque mais je l’ai délaissé pour me focaliser sur Triz d’Ideation puis de Creax, puis aujourd’hui ma version simplifiée se passant de logiciels et se rapprochant ainsi de ASIT.
Je dirai que BONO peut s’appliquer au moment de poser les problèmes à résoudre quand on se lance dans ASIT. L’exploration des chapeaux fait apparaître plusieurs aspects du monde clos et permet de ne pas le clore trop vite ! Il ne faut pas rater la porte car cela prend pratiquement autant de temps de traiter un problème avec un monde clos trop tôt ou plus tard.
Puis, dans l’application du principe unification de ASIT sur que peut faire l’objet pour empêcher la fonction néfaste, on peut faire porter les 6 chapeaux à l’objet s’il s’agit d’un être humain. C’est ainsi qu’à cette même étape, on peut introduire plusieurs principes de Triz concernant l’objet pour voir comment il peut agir. On peut citer les principes suivants : changement d’état, flexibilité, fluidité, rapidité, transformer le mal en bien etc…
Bref, plutôt complémentarité qu’exclusion.
Maurice Andriamihaja
Posté le 12 août 2009 à 22 h 40 min
Et bien, c’est sous une avalanche de commentaires plus riches les uns que les autres que je me vois revenir de vacance… ;-)
Merci à tous pour votre contribution.
A tous vous lire il apparaît clairement que les deux techniques se complètent plus qu’elles ne s’opposent. D’ailleurs, c’était un peu le propos de mon billet. ;-P
Concernant ASIT, j’ai remis le travail à l’ouvrage sur mon autre blog qui traite du LSS.
L’article s’intitule : « ASIT au secours du Lean Six Sigma » : à lire ici : http://leansixsigma.free.fr/?p=271
Au plaisir de vous lire.
Posté le 25 août 2009 à 9 h 12 min
Bonjour Florent,
et merci pour ce comparatif très intéressant. En effet, je confirme bien que les deux méthodes sont plutôt complémentaires voir similaires que de s’opposer.
Afin de mieux comprendre les similitudes je te conseil de lire « reflechire vite et bien » De Bono.
Tu constateras que la pensée latérale est standardisée et que l’on devine les prinipes de Triz et donc d’ASIT entre les lignes.
Bref, des info. proposants des méthodes aidant réellement… mais il faut s’entraîner et surtout convaincre les autres…mais cela, c’est toujours comme ca!!!
Posté le 31 août 2009 à 11 h 52 min
Bonjour Florent,
J’avais déjà parcouru ton article depuis quelques mois mais aujourd’hui j’aimerai te répondre pour parler de l’esprit ASIT et du monde CLOS. Personnellement, je pratique la méthode depuis quelques années après m’être fait former par PASCAL JARRY (Solidcreativiy.com) – J’en suis resté BABA et heureux d’avoir senti « en moi » un changement de réflexion. Mes fixations mentales avaient presques disparues (reste toujours quelques peaux de bananes sur la route).
Mais je peux dire aujourd’hui que la créativité fait bon ménage avec mon métier (Ingé méca).
Je reviens à l’esprit ASIT et le monde clos – L’idée d’Horowitz au delà de Alshuller (TRIZ) est d’utiliser les objets de l’environnement et je dois dire que cela facilite grandement l’approche d’un problème. Les exemples types, sont le vent et le soleil et tout ce qui conduit à utiliser l’énergie renouvelable. L’anti « usine à gaz » existe !! à défaut de la machine à remonter le temps.
Je m’en sers même dans ma vie courante – résultat, je n’ai plus de voiture et trouve cela génial ! (bon je ne suis pas perdu au fond de la campagne et mes enfants sont grands) mais je laisse réfléchir sur cette question –
Avons nous besoins de tout ce qui nous entoure ?
Au plaisir
Nicolas
http://frogetech.ning.com/group/experience/forum/topics/3383502:Topic:5244
Posté le 5 mars 2010 à 11 h 52 min